Accès au droit foncier: un « péché » pour la femme camerounaise

5 octobre 2019

Trois organisations non gouvernementales (IIED, CED et le RELUFA) ont renforcé le 4 octobre 2019, les capacités des journalistes camerounais dans le domaine de la gouvernance des ressources naturelles. Une formation pilotée par le projet LandCam et dont l’objectif était d’améliorer la compréhension des hommes de médias sur des questions liées à la gouvernance des terres et des ressources au Cameroun. Lesquelles ressources restent inaccessibles à certains groupes sociaux à l’instar de la femme, malgré l’arsenal juridique en vigueur au Cameroun, et des efforts entrepris par des ONG pour permettre à la femme camerounaise d’avoir accès à la terre au même titre que l’homme.

Plus de 50 ans après l’indépendance du Cameroun, personne n’avait imaginé que le problème de l’accès de la femme à la terre devrait encore être un sujet à questionner. Et pourtant, il est sur toutes les lèvres .

La femme camerounaise, est exclue du processus d’appropriation de la terre, au profit de l’homme. Dans de nombreuses communautés, c’est le droit coutumier qui dicte la possibilité d’accès des membres a la terre et aux ressources naturelles. Dans la partie septentrionale du pays, où la culture est encore fortement ancrée, la situation est plus grave. Pourtant, la femme est l’actrice qui façonne le monde rural. Selon le troisième recensement général au Cameroun, les femmes représentent 50,6% de la population et 50 % d’entre elles résident en zone rurale. Sur le plan économique, elles contribuent pour plus de 55,8% de la production agroalimentaire nationale de subsistance et assument l’essentiel des fonctions qui consistent à mettre la nourriture à la disposition des ménages.

Mais seulement, lorsqu’il faut discuter du foncier, la femme est affectée à la cuisine pour s’occuper des enfants. Or, elle joue un rôle central dans l’exploitation de la terre, bien qu’elle ne soit pas propriétaire, à cause des us et coutumes.

Dans la culture traditionnelle camerounaise, le frère, ou le chef de famille « prête » la plupart de temps, une parcelle de terrain à cultiver à la femme. Tandis que le « vrai propriétaire », est soit le mari, le frère, ou la famille. Aujourd’hui, malgré le renforcement de l’alphabétisation, la sensibisation ménée par des journalistes et des Organisations comme le Relufa, le CED, l’iied et autres, les us et coutumes conduisent toujours la femme camerounaise à une sorte d’auto-exclusion, en ce qui concerne la gestion du foncier au sein de la communauté, qu’elle perçoit comme étant une affaire d’hommes. La femme est mise sous la coupe apparente de l’homme. Que ce soit dans sa famille de mariage si elle est mariée, ou dans sa famille de naissance, elle se retrouve toujours sous la botte de l’homme, sans que cela ne la gêne visiblement, puisque c’est l’éducation reçue des parents: l’homme d’abord, la femme après!

En effet, à quelques exceptions, seuls les garçons ont droit à la terre et cela se fait au prorata du nombre de garçons que compte la famille. Il est difficile de faire accepter aux hommes que les femmes aient droit a la terre ou l’héritent. Pourtant, même le droit islamique par exemple stipule que la « femme devrait recevoir en héritage la moitié de ce que l’homme reçoit ».

Cette marginalisation persiste malgré le fait que le droit camerounais ait donné la possibilité aux femmes d’hériter.

La complexité en fonction du statut

Au Cameroun, la femme peut avoir accès à la terre en fonction de son statut matrimonial. Pour celles qui sont célibataires, au plan coutumier, il leur est reconnue une portion à utiliser tout au long de leur vie. Problème! Au au cas où cette dernière arrivait à se marier, la terre resterait dans le patrimoine familial de la famille d’origine. Si par la suite, il arrivait qu’elle perde son mariage et décide de retourner s’installer dans sa famille biologique, il devient difficile pour elle, de reprendre son lopin de terre.

En revanche, la femme mariée, elle, acquiert l’usage de la terre par son mari. Elle devient usufruitière, c’est-à dire qu’elle jouit légalement d’un bien dont elle n’est pas propriétaire.

La situation de la veuve est d’avantage plus complexe et varie selon qu’elle a eu des enfants ou non. Quand elle n’en a pas, elle peut se voir chasser et ses terres arrachées par sa belle-famille. Ainsi, la condition pour qu’elle puisse continuer d’utiliser les dites terres c’est la présence des enfants. C’est le cas dans la région du centre Cameroun. Ici, lorsqu’une femme perd son mari, il est régulier qu’elle voit ses terres arrachées par la famille de son défunt mari. Quand bien, même elle a eu des enfants avec son époux, ses décisions sont souvent liées à la cupidité des membres de la famille de son défunt époux, qui lui font perdre ses terres : soit parce qu’elle n’a donné que des filles, soit parce que ses enfants garçons sont encore mineurs et incapables de revendiquer eux-mêmes leur droit sur les terres de leur défunt père.

Selon plusieurs parents et autorités traditionnels, cette marginalisation de le femme camerounaise dans la gestion du foncier, s’expliquerait par le faite que femme ne serait pas stable,, car tôt ou tard, elle pourrait aller en mariage, ce qui n’est pas le cas chez l’homme, qui lui est appelé à resté en famille toute sa vie. Et du coup, l’homme acquiert le statut de chef de famille.
La femme peut avoir le droit de travailler sur une terre, mais pas d’en devenir propriétaire. L’on estime que, facilement amoureuse, une femme propriétaire de terres peut être facilement trompée et pourrait dans ce cas donner les terres à son amoureux.

Jean Charles Biyo’o Ella

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